HOW TO HAVE SEX

Tara, aka Taz, débarque à Malia, en Crète. Elle y arrive avec ses deux meilleures amies du lycée, pour cinq jours de fête non-stop. Clichés des touristes anglaises, bruyantes, malpolies et vulgaires, elles et ses amies sont presque détestables. Une parfaite entrée en matière pour amener le spectateur à penser d’emblée qu’elles méritent leurs mésaventures à venir.

PAR LUNA CRUZ

LA QUESTION DU CONSENTEMENT

Après une première soirée sans rencontres, Taz et ses amies se greffent à un groupe de touristes, leurs voisins de l’hôtel, eux aussi anglais. Taz est encouragée par ses copines à perdre sa virginité avec l’un d’entre eux, peut importe lequel ! Rapidement, affinités et jalousies se développent. D’habitude partante pour toutes les folies, la jeune fille est pourtant parfois mal à l’aise face au vertige de ces soirées sans limite. Mais, prise dans cette injonction de « kiffer à tout prix », elle vit comme si toute expérience était bonne à prendre. 

Alors, de manière tristement prévisible, l’abus sexuel a lieu. Ce n’est pas tendre, ce n’est pas sexy, c’est terriblement ordinaire et, surtout, que ce soit l’héroïne ou ceux qui l’apprennent, ce qui apparaît comme un abus est d’abord compris comme un simple rapport sexuel. Comment considérer que le rapport sexuel est abusif si la personne a d’abord dit oui ? Comment un rapport sans coups, ni blessures peut-il être tout de même très violent ? 

C’est bien la notion du consentement que la réalisatrice questionne et, au-delà du simple « non c’est non », amène cette question dans un lieu différent et sur un autre terrain : le lieu des fêtes trop arrosées des cités balnéaires de la Méditerranée, là où s’entassent les touristes anglais (et d’autres nationalités), là où des jeunes filles et garçons s’enivrent à outrance pour vivre des jours de « folie », sur un terrain où on ne sait plus trop si l’expérience était voulue ou subie. 

Le film ne s’arrête pas à cette première expérience déplaisante, mais se poursuit sur deux autres jours et déploie, alors, toute sa subtilité. Taz revient de sa soirée, retrouve le groupe et le malaise s’installe. Ses amies ressentent son inconfort, mais n’iront pas jusqu’à poser trop de questions et finalement la laisseront flotter dans sa peine jusqu’à leur départ. 

L’actrice Mia Mc-Kenna Bruce livre une interprétation bluffante et son personnage, surexcité pendant la première partie du film, devient silencieux face à la caméra, qui se pose pour capter tous les sentiments violents et complexes traversés. Voulant garder son image festive et félicitée par ses amies pour cette « expérience sexuelle », Taz lutte contre son intime sentiment d’avoir été abusée avant de, finalement, pouvoir mettre des mots sur cet événement. Le film dénonce l’absence, encore trop souvent systématique, de tendresse et de bienveillance dans les premiers rapports sexuels et questionne en même temps cette zone grise du consentement, tolérée autant par les garçons que par les filles, et qui pourtant est bien noire. 

Des projets de loi visant à abolir le crime par viol  – même sur des jeunes de 13 ans ! – sous prétexte d’un supposé et jamais prouvé « consentement », plane comme une menace pour tous nos enfants et nos ami(e)s. A l’heure de l’intelligence artificielle, c’est bien la stupidité criminelle qui s’impose.

How To Have Sex

Prix Un certain regard, Festival de Cannes 2023

Sortie en salles, le 15 novembre