UTAMA – LA TERRE OUBLIEE

Lorsque l’on a toujours vécu sur un territoire, que celui-ci fait partie de nous, mais qu’il se meurt et qu’il nous est impossible de le sauver, doit-on alors l’abandonner et survivre, ou décider de mourir avec lui ?‬

PAR LUNA CRUZ

Tel est le dilemme qui se dessine lentement et subtilement dès les premières images du film.  Virginio et Sisa, un couple de vieux amérindiens à la peau burinée, qui vivent dans une bicoque dans le désert andin bolivien ; à l’écart du village, avec leur troupeau de lamas. Elle doit trouver de l’eau et de la nourriture à cuisiner. Lui, s’occupe du troupeau de lamas qu’il faut sortir quotidiennement sur des hauteurs à la végétation improbable. A leur existence déjà ascétique voire misérable, s’ajoute la nouvelle difficulté de trouver de l’eau depuis que les puits sont secs, en plus de supporter la chaleur de plomb en attendant la pluie…‬

C’est après cette introduction aride qu’intervient Clever, le petit fils du couple, et des frictions entre lui et son grand-père ne tardent pas à surgir. Pour Virginio, il est le jeune fainéant et ignorant, accro à son téléphone. Alors que le jeune homme réalise que les difficultés de survie sont réelles, et que sa proposition de ramener ses grands-parents en ville s’avère, jour après jour, de plus en plus censée.

Il faudra que chacun fasse un pas en direction de l’autre. Une remise en question possible pour Virgilio ? Pour lui, il n’est pas question de partir. Bourru, solitaire et malade, il agit comme s’il valait mieux mourir que partir. Et pour cause, la mort le guette.

Basé sur un scénario pourtant très simple, le film aborde des sujets fondamentaux tels que le sentiment d’attachement à la terre, l’identité, la famille comme noyau communautaire, mais aussi des enjeux très actuels comme le réchauffement climatique et la modernisation. Il n’en demeure pas moins un conte puissant sur les cycles de la vie, comme si la mort n’était rien d’autre que la naissance d’autre chose et qu’il était naturel de l’accepter comme telle.‬

Le réalisateur, photographe à ses débuts puis chef opérateur et assistant de réalisation de films documentaires, connait très bien la région et ses habitants. Pour ce film, il a eu beau chercher des acteurs professionnels, il a dû se rendre à l’évidence : ses personnages ne pouvaient être mieux incarnés que par des vrais paysans indiens. Ainsi le film – et son (ses) message – sont d’autant plus authentiques, que ces personnes n’aspirent à aucune «carrière» cinématographique. Un grand prix au festival de Sundance a récompensé ce conte réaliste.

UTAMA
Un film d’Alejandro Loayza Grisi
Avec José Calcina, Luisa Quispe, Santos Choque
en salles depuis le 11 mai