FESTIVAL DE JAZZ À SAINT GERMAIN

CREATIONS ET HOMMAGE

Paris fut un jour une sorte de capitale mondiale du jazz, présentant un éventail très large de propositions entre straight ahead et free jazz, hard bop et jazz-rock, jazz modal et électronique. Aujourd’hui, dans un climat particulièrement morose, dans l’absence (presque) totale de grandes figures internationales, privée de références stimulantes et de soutien financier, une génération nouvelle et très riche de jeunes musiciens peine à se faire entendre. Des nombreux lieux et événements ont disparu, d’autres persévèrent tant bien que mal et réussissent encore à présenter des programmes attractifs. Parmi eux, le festival de Saint-Germain honore malgré tout les beaux souvenirs d’un quartier imprégné de jazz.

PAR FRANCISCO CRUZ

JAZZ CAPITALE

Dans un programme assez éclectique qui ne manque pas d’intérêt, deux événements se démarquent avec netteté. La création du trio L’Antidote, réunissant trois musiciens virtuoses culturellement enracinés dans la Méditerranée orientale : le percussionniste iranien Bijan Chemirani, le pianiste libanais Rami Khalifé, et le violoncelliste albanais Redi Hasa. La beauté de leur musique, inspirée du jazz contemporain et de diverses traditions méditerranéennes, est le plus beau contrepoint à l’horreur de la guerre qui détruit à nouveau la vie (au sens le plus large et profond) dans cette région du monde.

Le lendemain (et les jours qui suivent), le festival a l’honneur de présenter en avant-première le film Quelques Notes Sur La Liberté (de Benjamin Delattre) consacré à la mémoire (difficile de parler ainsi depuis sa disparition fin février) du clarinettiste et saxophoniste Michel Portal, probablement le créateur de musiques improvisées le plus important de la scène française des dernières 40 années. Un moment particulier dans l’histoire du jazz en France, car on n’a aucun souvenir d’avoir écouté Portal dans le contexte de ce festival. Musicien sans frontières, Portal fut aussi performant dans le cercle de la musique contemporaine post-sérielle, que dans des workshops de libre improvisation, la recréation des œuvres de Mozart et dans le jazz européen de la fin du vingtième siècle (avec des complices et des invités de haut niveau comme le batteur suisse Daniel Humair, le pianiste allemand Joachim Kuhn, le contrebassiste français Jean-François Jenny-Clark, le trompettiste italien Paolo Fresu, le pianiste serbe Bojan Zulfikarpasic…).

FESTIVAL JAZZ À SAINT GERMAIN

18 mai : Levi Harvey Trio, Mark Priore Trio (Théâtre de l’Alliance Française)
19 mai : L’Antidote (Théâtre de l’Alliance Française)
20, 23 et 24 mai : Hommage à Michel Portal (Christine Cinéma Club)
20 mai : Robinson Khoury Septet (Cour d’Honneur de la Monnaie de Paris)
21 mai : Loco Cello (Eglise Saint-Germain-des-Près)
22 mai : Laurent Courthaliac Trio (Péniche Le Son de la Terre)
23 mai : Charlotte Reinhardt & Lola Malique (Mairie du 6e)
23 mai : Les European Jazz Companions (Réfectoire des Cordeliers)
23 mai : Ludivine Issambourg Quartet (Péniche Le Son de la Terre)