On lit Chico Buarque comme si l’on écoutait l’une de ses fameuses chansons. Car, Francisco Buarque de Holanda écrit comme s’il chantait un baiao, une samba pagode, ou une swinguante bossa nova. Happés par la mélodie du récit, on ne s’arrête qu’à la fin de la musique. Fils d’un professeur universitaire, Chico évoque son enfance italienne quand sa famille avait déménagé de São Paulo à Rome. Sur sa bicyclette, on l’accompagne dans ses déambulations, entre Le Colisée et la Villa Borghese, avec un plaisir élégant parfumé de printemps…
PAR FRANCISCO CRUZ
SAMBA ITALIENNE
Quelques années après la guerre, dans une Europe en reconstruction, le petit brésilien découvre l’étrangeté, dans une ville inconnue qui n’a rien à voir ni avec le São Paulo de sa naissance, ni avec le Rio de Janeiro parcouru avant la traversée de l’Atlantique. Sans contact direct avec les enfants italiens, car ses parents l’ont scolarisé dans un établissement international pour des fils de bourgeois étrangers, notamment étasuniens et anglais, il subit les attouchements d’un enseignant pédophile et rencontre ses premiers amours féminins. Passionné de football, Francisco a pour seul vrai ami le fils de l’épicier (un émigré arabe) avec qui il joue dans la rue à imiter les dribbles de Garrincha et de Didi. A qui il offrira son cher ballon de foot carioca, le jour de son voyage retour vers le Brésil.
Chico Buarque se souvient avec un évident plaisir de ces deux années vécues à Rome qui l’ont profondément marqué . Une ville dans laquelle il est retourné plusieurs fois dans sa vie d’artiste, notamment durant la période de la dictature militaire au Brésil (dont il fut un opposant notoire, inoubliable pour son interprétation de « Apesar de Vocé »), où il est reconnu comme une figure majeure de la MPB (musique populaire brésilienne).
Soixante ans plus tard, il essaie de revoir l’appartement où il a vécu avec sa famille et, dans une Rome transformée par la modernité capitaliste de la finance, il gagne la confiance d’une femme de ménage sénégalaise qui lui ouvre la porte de son ancienne demeure. La joie intime de retrouver le parfum ancien de son enfance, se ternie et vire en tristesse lorsqu’il retrouve au coin de la rue son ancien copain de jeux devenu mendiant, assis sur le trottoir, le regard errant dans une douleur insondable.
Chico Buarque, avec Gilberto Gil, Milton Nascimento et Caetano Veloso, fait partie d’une élite de chanteurs célèbres, dont la popularité est incommensurable. Un chanteur qui a toujours aimé la littérature et rêvait de devenir écrivain. Après avoir atteint le sommet de sa carrière musicale, il est l’un des plus attachants romanciers du pays de la samba. Pour ceux qui ont connu le Brésil un jour, lire Chico Buarque provoque un inévitable sentiment de saudade, et on entend sa voix de loin nous rappeler que « essa moça ta diferente, ja não me conhece mais…»
CHICO BUARQUE
Un Gamin A Rome
Ed. Métailié, 160 pages, 18€