NORAH JONES – « VISIONS »

Après un bel album célébré par la critique, comme un rappel de son affection pour le jazz, la chanteuse et pianiste zigzague une fois de plus sur les sentiers fleuris de la pop music. Pour retrouver un peu de légèreté, de joie et d’empathie plus immédiate avec un public jeune – et (en principe) moins exigeant. Visions, son nouvel enregistrement, respire le besoin de croire que le lendemain (au réveil) sera plus lumineux que le passé immédiat.

PAR FRANCISCO CRUZ

L’ENVIE DE DANSER, LE BESOIN DE PROLONGER LE REVE 

L’envie renouvelée de liberté, de danser et de sentir les vibrations de son corps en mouvement, de retrouver un instant de paix, faisant abstraction des convulsions criminelles qui secouent la société et des désastres écologiques que le pouvoir financier inflige au reste du monde, sont des désirs que personne ne devrait se voir reprocher. Partager ces souhaits avec les autres, ceux qui subissent consciemment (ou pas) ces agissements d’une poignée de nantis, est une belle façon d’apaiser les douleurs de l’âme.

Rêver d’un monde aimable pour nos enfants et nous-mêmes, n’a rien de banal. Reste que ces songes éveillés méritent un prolongement dans les gestes vitaux et quotidiens pour (tenter) de les traduire dans la réalité factuelle. Toujours brève dans ses confessions, Norah estime que ces chansons sont le fruit d’inspirations nocturnes, des mélodies surgies entre deux rêves, que celle de « Running » l’a réveillée en sursaut… L’expression grave de son regard photographié ou le rictus de ses lèvres sur les vidéos parlent pourtant de jours douloureux. Et l’on croit comprendre mieux le besoin d’allégresse et de joie partagés.

Vingt ans après son apparition resplendissante dans le monde du jazz, avec ce neuvième album studio – réalisé en collaboration avec le saxophoniste et producteur Leon Michels, un transfuge des Dap-Kings de Sharon Jones -, la fille de Ravi Shankar et soeur d’Anushka Shankar, la chanteuse du label historique de jazz qui a vendu le plus d’album, Norah Jones (au piano, à la guitare et la basse) affirme sa volonté de préserver sa liberté de choix musicaux et sa non appartenance à une catégorie du marché musical.

Facteur essentiel de cette liberté sans préjugés : son association avec des musiciens de haut niveau capables de jouer de façon créative les harmonies les plus sophistiquées comme les motifs les plus simples d’une chanson. C’est la cas, notamment, du batteur Brian Blade qui, après la fin du quartette du regretté Wayne Shorter, donne le meilleur de son inspiration rythmique dans un album aux espaces plutôt étroits laissés à l’improvisation.

L’écoute de ces 12 chansons originales nous laissent croire que la magie de la musique peut (encore) faire naître l’illusion de la beauté liée à la bonté. La naïveté comme antidote au cynisme de la real politik ? Pas forcément.

NORAH JONES
Visions
(Blue Note/Decca/Universal)