LUCAS SANTTANA – « O CÉU É VELHO HÁ MUITO TEMPO »

BEAU TENEBREUX

PAR CHRISTIAN LARREDE

Fils de producteur et neveu de Tom Zé (chantre du mouvement culturel tropicaliste, à visée universaliste), Lucas Santtana symbolise depuis une petite vingtaine d’années le renouveau de la chanson brésilienne, et son impertinence immarcescible…

Se sentant vraisemblablement, et un peu seul et libre de toutes les audaces, il s’est autorisé au fil des années à sampler Debussy ou à user de collages electro et autres boites à rythmes, et même à se percher en satellite et très loin dans l’espace dans sa précédente production (Modo Aviao – mode avion). La bossa nova en soit loué : si ce 8ème album ne constitue pas spécifiquement un hommage à João Gilberto (disparu en juillet 2019), l’usage qui y est fait du couple chant-guitare renoue avec bonheur avec les frissons esthétiques distillés jadis par Caetano Veloso ou Gilberto Gil. Seul ou en compagnie de quelques jeunes turcs de la scène jazz émergente du pays, Santtana déroule des mélodies toutes de suavité et d’épicurisme. Mais le velours des partitions n’occulte pas l’acidité du discours : le chanteur n’aime pas le président Bolsonaro, les idées rétrogrades de l’extrême-droite, la destruction de l’Amazonie, la mise en péril des droits de l’homme au Brésil, l’usage irraisonné qui y est fait des pesticides, et il entend que cela se sache. Dans cet univers de ténèbres, rendons grâce au chant de Lucas Santtana d’éclairer le chemin à venir.

LUCAS SANTTANA
O Céu É Velho Há Muito Tempo
(No Format !)
WORLD