JOE BARR WITH BREEZY RODIO – « SOUL FOR THE HEART »

Chicago, tous vents dehors : lorsque les bars y sont ouverts, on a toutes chances d’y croiser le chanteur Joe Barr. Gamin, il y applaudissait les artistes afro-américains en tournée dans l’Illinois. Majeur et vacciné à l’apprentissage des claviers, mais toujours fidèle à son micro de chanteur, il a su faire quelques rencontres déterminantes qui conduisent à cet album. Ce qui convient parfaitement, puisque, entre blues, soul et rhythm and blues, il est riche de toute la musique que l’on aime.

PAR CHRISTIAN LARRÈDE

Freddy King, Howlin’ Wolf ou Luther Allison ont pu en leur temps en témoigner : Joe Barr, par sa justesse, sa retenue et son énergie, en connait un rayon en matière de musicien d’appoint. Et aujourd’hui, après avoir fait les beaux jours du club de Koko Taylor, croisé le fer avec le multiinstrumentiste de Bâton Rouge Nate Turner, ou illuminé la scène du mythique club Kingston Mines (l’un des hauts lieux du blues vivant de la planète depuis 1968, 6,75 $ la Guinness), c’est à son tour de graver un album en nom propre, riche de cette nostalgie qui permet d’aller au bout des nuits. Disque d’interprète au sens noble du terme, le disque offre une savoureuse sélection de quelques incunables en autant de personnages majeurs du genre : BB King, Johnny Taylor (trois fois) ou Bobby Bland alimentent le menu de ces retrouvailles avec un style qui ne pardonne, ni l’à peu près, ni le manque de sincérité. Dès l’ouverture (reprise d’un « Drown In My Own Tears » immortalisé en son temps par Ray Charles) on saisit, grâce aux feulements déchirés du chant, et à l’offrande continue des plaisirs régressifs, que l’on se trouve au bon moment au bon endroit. D’autant que l’aventure, captée aux Joyride Studios de la ville, se pare d’une rencontre avec le guitariste chicagoan Breezy Rodio (jeune blanc-bec de l’épopée, riche d’une technique simple et efficace), qui alimente, toutes proportions gardées, l’analogie avec les pièces que purent graver Wilson Pickett et Duane Allman. Mention spéciale au compère des deux l’organiste Chris Foreman, et lauriers tressés à cet album vibratile.

JOE BARR WITH BREEZY RODIO
Soul For The Heart
(Dixiefrog Records/[Pias])