CECILE McLORIN SALVANT – «THE WINDOW»

PAR ROMAIN GROSMAN

En duo avec le pianiste Sullivan Fortner (parfois à l’orgue), la chanteuse peut donner libre cours à ses talents d’improvisatrice, dans des versions pleine de fraicheur d’airs pourtant piochés dans le répertoire des standards d’avant-guerre ou de Broadway. Dans des temps où l’apparence, le buzz, la recherche de l’originalité, sont l’alpha et l’omega d’une production souvent dépourvue de l’essentiel – la sincérité, le désir, la beauté -, la démarche de la jeune femme n’en finit pas de réjouir. Et d’enchanter un jazz qui retrouve ici et ses racines – blues (l’expérience des sentiments) et swing (la joie de vivre) – et son esprit, une forme de transcendance qui sublime le réel. Magnifiquement accompagnée par Sullivan Fortner, dont le jeu passe de l’allégresse au spleen avec d’infinies nuances, Cecile McLorin Salvant, sans jamais rien forcer ou surjouer, pare ces mélodies d’harmonies chatoyantes, leur confère une vérité sidérante : il suffit d’écouter sa version de « J’ai L’Cafard », de Damia, puis celle de « Somewhere » (West Side Story) pour saisir l’intelligence de ses interprétations, leur contemporanéité, même lorsqu’il s’agit de thèmes d’un autre temps. Un nouvel album antidote, la meilleure prescription pour l’automne et l’hiver à venir.


CECILE McLORIN SALVANT

The Window

(Mack Avenue)

JAZZ