BAXTER DURY – « THE NIGHT CHANCERS »

gris c’est gris

PAR CHRISTIAN LARRÈDE

De l’autre côté de la Manche, on le compare déjà à Gainsbourg. Avec ce sixième album, Baxter Dury a trouvé sa voie et sa voix, et ne nécessite plus de références à son Ian de père.

Des existences fracassées, des destins que l’on réécrit au comptoir d’un bistrot de banlieue, le funk caoutchouteux ou l’electro spongieuse qui vont avec, et la dépression comme une seconde nature : Dury, le chant de Dury, son phrasé exceptionnel et son écriture (l’une des plus percutantes poésies urbaines actuelles), dressent le portrait de personnages extravagants dans leur conformité (une calvitie naissante, une chemise ouverte sur un pantalon en tergal) comme put le faire jadis Ray Davies (The Kinks). La puissance de ses compositions, non seulement génère tout un univers, mais qui plus est nous laisse accroire que ce monde est bien réel. Le morceau d’ouverture et son refrain en français dans le texte (et son hilarante diphtongue sur « chi-en ») met tout le monde d’accord : le chanteur nous offre la vie d’une ville la nuit, n’importe laquelle, avec son cortège d’amoureux transis et abandonnés dans la chambre d’un hôtel borgne, de filles dérobant le carnet d’adresses de leur petit ami pour tenter d’y découvrir le nom d’une rivale, ou du râle d’une femme parvenant à l’orgasme, alors que l’on pourrait plutôt imaginer la mécanique d’un exercice de culture physique. Le tout, comme une collection de petits films expressionnistes, transformant l’auditeur en voyeur, fasciné par la sordidité de l’ensemble. The Night Chancers, et ses dix chansons en 30 minutes est absolument le chef d’œuvre de la pop concernée de 2020.

BAXTER DURY

The Night Chancers

(Le Label/[Pias])

POP