UNE PERfORMANCE CAPTIVANTE
Ce soir-là à Paris, la salle de l’Accor Arena Bercy est comble. L’expectation est palpable, pourtant, sans se faire désirer le moins du monde, et respectant ainsi scrupuleusement son public, Olivia Dean fait son entrée dans un décors absolument rétro. Esthétiquement, la direction artistique du concert est fine et assumée, simple et élégante, et musicalement la performance scénique impressionne. Pop, soul, funk, tout se mêle et aucun spectateur ne passera le concert assis, lors de cette ouverture flamboyante de la saison estivale.
PAR LUNA CRUZ

GENEROSITE DANSANTE DANS UNE ESTHETIQUE VINTAGE
L’auditoire compte des milliers de spectateurs et néanmoins l’ambiance est calme, attentive ; le public plutôt dans la trentaine compte parmi eux, bien évidemment, les nostalgiques des concerts qui se vivent intensément avec le corps plus qu’ils ne s’enregistrent sur son téléphone. Nous aussi nous ressentons un peu l’anxiété du puriste, préoccupés de ne pas avoir un son à la hauteur ou encore d’apercevoir autour de nous trop de portables brandis, en mode vidéo, filmer l’intégralité du concert. Mais à l’arrivée (heureusement) nous avons eu tort.
Déjà, la première partie arrive à captiver une grande majorité des spectateurs distraits. Ceux qui pensaient juste attendre patiemment l’artiste principale de la soirée (Olivia Dean), se font surprendre par l’énergie sincère d’Alice Phoebe Lou, une jeune chanteuse sud-africaine dont les notes pop-folk n’ont rien d’une berceuse. La jeune femme et son groupe affichent une présence scénique parfois même assez punk qui intrigue et magnétise l’attention des gens. Une façon très électrique de convier le public à une grande fête avant l’arrivée d’Olivia.

Laquelle, sans se faire désirer le moins du monde fait son entrée dans un décors absolument rétro. Reprenant et assumant complètement les drapés vintage des années 80, Olivia Dean entame son concert entourée de ses deux choristes et de ses six musiciens, sur une scène travaillée avec une précision millimétrique et (apparemment) simple. Une véritable famille est présentée avec soin et avec la même importance, autant sur la scène que sur l’immense rideau de fond de scène sur lequel sont projetées leurs silhouettes baignées de couleurs rose et violet.

Esthétiquement, la direction artistique du concert est fine et bien définie, simple et élégante ; dans ce contexte, le/la styliste de la chanteuse mérite aussi son lot de compliments. Musicalement, Olivia Dean impressionne par sa performance scénique : de la pop, de la soul, du funk, tout se mêle et se transforme, et aucun spectateur de gradin ne passera plus de trois minutes assis. Si le concert commence tranquillement et que les chansons s’enchaînent aisément, la chanteuse prend assez rapidement le temps d’introduire ses morceaux, évoquer leurs inspirations, présenter les musiciens qui l’accompagnent, ainsi que raconter des anecdotes personnelles qui facilitent l’interaction avec son public. Sachant toujours doser avec maestria le temps à consacrer à chaque instant.
Et c’est là que la magie opère. Telle une (ancienne et célèbre) artiste ayant fait cela pendant des décennies, à seulement 27 ans, Olivia Dean impose son calme, son phrasé, sa musique, sa pulsation et son charme à cette salle immense ; donnant l’illusion d’un concert intimiste, parfois seule accompagnée uniquement de deux musiciens, plongeant l’Accor Arena dans un silence et une attention presque rituels. L’artiste impressionne également par la sagesse, la maturité et la bienveillance qui l’habitent, et qui s’expriment avec intensité au fil des morceaux. Elle parle d’amour, celui universel et celui du couple, mais aussi de ses ancêtres, de la gratitude qui leur est due, d’immigration et d’histoire. La générosité dont elle joue la messagère est, humainement et musicalement, remarquable, et nous nous en souviendrons longtemps.