MARILYN MAZUR

    « LA VIE TEND A DEVENIR DE PLUS EN PLUS COMPLIQUÉE ET CHAOTIQUE »

PAR FRANCISCO CRUZ   PHOTO PER MORTEN ABRAHAMSEN – ESPEN WANG

La percussionniste installée de longue date au Danemark, est l’une des plus talentueuses instrumentistes dans le circuit européen, et l’une des plus méconnues en France. L’ancienne complice de Miles Davis, de Wayne Shorter et de Jan Garbarek, est aussi une compositrice prolifique et une leader polyfaciale. L’une de ses formations paradigme, Future Song, réunit la crème des musiciens scandinaves du new jazz : le trompettiste Nils Petter Molvær, le guitariste Eivind Aarset, le multi-souffleur Hans Ulrik, le batteur Audun Kleive, la claviériste Elvira Plenar, la chanteuse Aina Kemanis… Ils se sont réunis pour fêter le 60è anniversaire de Marilyn Mazur, et jouent sur l’album Live Reflections, une sélection de morceaux extraits de concerts enregistrés à Molde, Copenhague et Bodø. Un album mixé et masterisé l’an dernier, entre deux confinements.

Marilyn Mazur, avec sa dernière formation Shamania, devait se produire lors du festival Sons d’Hiver. C’était l’un des moments forts de la programmation. Les autorités du gouvernement en ont décidé autrement…

La musique de ce nouvel album live date de 2015, avec même un titre (« Reflections ») enregistré en studio en 1990. Future Song, que vous avez créé en 1989, a très peu joué ces dernières années… pourtant la musique est passionnante et pas du tout datée !

Aina Kemanis, avec qui j’ai travaillé pendant de nombreuses années, est fatiguée des longues tournées, voyager c’est devenu très difficile pour elle. Elle ne chante plus ces temps-ci, c’est une des raisons pour lesquelles je ne travaille plus avec Future Song. Je suis restée vingt ans à la tête de ce groupe et maintenant j’ai renoncé, je n’essaye plus de le maintenir en vie, c’est trop difficile ; donc, d’une certaine façon il n’existe plus. Désormais, je travaille avec des groupes plus petits dont Shamania, Celestial Circle, et mon autre quartet danois. Future Song me manque. Je garde le contact avec certains musiciens dont Ervin Aarset, avec qui je joue de temps en temps.

Je continue à créer et développer de nouvelles constellations. Je suis sure que je n’ai pas fini de jouer avec ces musiciens avec qui j’ai joué pendant toutes ces années. J’ai le sentiment d’avoir constituée une famille musicale très large, riche de beaucoup d’artistes avec lesquels j’aime jouer…

Le choix des musiciens est primordial, même par-delà la musique ?

Il est très important pour moi de choisir des musiciens avec lesquels je sens une sorte de télépathie, auxquels je me sens apparentée d’une certaine façon et avec lesquels j’ai l’intuition de pouvoir communiquer autour d’une même musique.

La musique dans une dimension spirituelle, par-delà le son ?

L’aspect spirituel est très important dans ma musique, comme les dimensions émotionnelle et mystique. Car la musique est un moyen d’accéder à des perceptions plus profondes de la vie, d’oublier les soucis et les aspirations matérielles, pour retrouver l’essence de l’existence. Ma spiritualité est plus liée au ciel qu’à un dieu spécifique. Car je suis une croyante en les forces de la vie.

Comment visualisez vous la place de la musique, et de la votre en particulier, dans la société actuelle, si bouleversée par tant d’abus et de corruption ?

Je veux partager ma musique avec vous, pour rendre le monde plus coloré, plus beau. Je voudrais que ma musique vous fasse sentir plus vivants, qu’elle vous donne de l’énergie et de l’amour. Je voudrais qu’à travers ma musique les gens prennent plaisir à échanger de bonnes vibrations. De mon point de vue, la musique devrait permettre aux gens de s’élever, d’alléger leurs esprits. La musique est aussi un moyen de travailler avec la « voix-voie » de la vie, pour être en connexion avec ma propre vie. Un moyen de travailler mon développement personnel : il ne s’agit donc pas de jouer parfaitement d’un instrument, mais de se connecter, à travers l’instrument, avec les mystérieux pouvoirs de la musique.

UNE MÉDITATION EN MOUVEMENT

Votre musique peut s’entendre comme une écologie sonore… et une méditation dynamique.

J’utilise parfois le terme organique ou biologique, pour présenter ma musique. On peut dire qu’elle est une méditation, mais elle n’est pas méditative. Elle n’est pas apaisante. Elle doit être porteuse d’une grande énergie, elle doit être très physique. On pourrait dire qu’elle est… une méditation en mouvement ?

Avant la musique, vous dansiez, et vous avez toujours joué en dansant. Votre musique est dans le mouvement du vivant et elle invite à danser librement…

Oui, c’est le même flux vital, le même pouvoir énergétique : que ce soit une danse, une chanson ou une longue improvisation ; c’est juste la vie.

Vous êtes une instrumentiste virtuose, et vous aimez particulièrement les voix…

J’aime énormément la voix humaine, car c’est l’expression la plus proche et la plus profonde de l’être que nous sommes. La voix est l’instrument le plus doux et le plus intime, car il n’y a aucun matériel qui fasse le pont entre son expression et la personne qui chante. C’est le plus bel instrument et celui qui touche, qui fait vibrer tout le monde. J’aime surtout la voix naturelle, directe, qui n’adopte aucun style particulier, car elle est l’expression la plus fidèle de celui qui chante.

Vous jouez surtout avec des voix féminines…

Il y a tellement peu de femmes dans le monde musical ! C’est une bonne raison pour vouloir travailler davantage avec celles qui ont une expression musicale puissante, et aussi pour choisir des chanteuses et les inviter à faire partie de mes projets. Mais, je pourrais aussi inviter une voix masculine. Par le passé, j’ai travaillé avec Piet Olson, qui joue de la trompette et chante ; j’adore sa voix ! On avait un trio avec Anders Jormin ; c’était génial de jouer avec eux, car on arrivait vraiment à communiquer musicalement. Mais j’adore jouer avec Aina Kemanis, Josefine Cronholm, Tone Aase…

Josefine Cronholm semble avoir une place spéciale dans votre musique…

Je la connais depuis longtemps. Je l’ai découverte aux côtés de Django Bates, puis nous nous sommes retrouvées à jouer ensemble. Là, j’ai réalisé qu’elle était une grande improvisatrice. J’aime sa capacité à être spontanée, à réagir aux propositions des autres instruments. Elle parvient à chanter tout ce que je lui demande tout en gardant son propre langage musical.

SHORTER, DAVIS, GARBAREK…

Avant Future Song, on vous a découvert au Brésil, lors d’un concert spectaculaire, aux côtés de Miles Davis qui, visiblement, prenait un plaisir fou à vous écouter… Quel souvenir gardez-vous du leader et du trompettiste ?

Je ne pense pas pouvoir les dissocier. Sa forte présence, son charisme, étaient indissociable de l’intensité de son jeu. Pourtant, la période pendant laquelle j’ai joué avec lui n’était pas ma période préférée de Miles. J’ai grandi avec les musiques des seventies, que j’aimais vraiment beaucoup et… En fait, je pense que j’étais plus impressionnée par le Miles leader pendant la période où j’ai joué avec lui, impressionnée par le sentiment qu’il avait une énergie intérieure qui réunissait le groupe. Toutefois, s’il avait été juste un leader ça n’aurait pas été drôle. Heureusement, il avait la musique en lui.

Si je pouvais retenter une expérience dans ma vie musicale, j’adorerais rejouer avec Miles. Jouer avec lui fut vraiment une grande expérience pour moi. Il m’a poussée à créer, car je n’ai jamais été bonne pour composer pendant les tournées. Pourtant, je n’ai pas écrit pour son groupe, ce qui aurait été très amusant je pense… Mais je suis rentrée à la maison pour créer Future Song !

Plus tôt, Wayne Shorter vous avait invité dans son groupe. Était-ce aussi fort comme expérience ?

Wayne et Miles sont des personnalités très différentes. Je me suis sentie plus proche de Miles, car avec lui la communication passait par la musique, tandis qu’avec Wayne, on devait parler davantage, puisque les compositions étaient déjà bien établies.
Néanmoins, jouer avec Wayne fut un grand moment de ma vie musicale. Wayne écrit de la très bonne musique, parfois géniale, et la jouer fut un défi fantastique ! Mais il m’était difficile de m’exprimer, d’être vraiment à l’intérieur de cette musique. Je me souviens d’avoir aussi joué du clavier dans ce groupe et j’en étais très fière. Je prenais vraiment du plaisir à jouer. J’ai aussi du passer à l’électronique, un des défi amusant mais difficile car j’ai toujours joué de l’acoustique. Donc, jouer dans le groupe de Wayne ne fait pas partie des choses les plus faciles que j’ai tenté dans ma vie, mais ce fut une superbe expérience de voyager autour du monde, de jouer devant ces nombreux publics, dans tant de pays différents…

Dans ce groupe, vous jouiez en tandem rythmique avec Terri Lyne Carrington, dans une vraie complicité …

Pourtant, cette collaboration a été bien difficile, car on entendait la musique différemment. Avant de jouer avec Wayne, j’avais écouté Terri Lyne au Danemark dans un contexte très jazz, et j’étais heureuse de voir une jeune femme à la batterie ! Elle dégageait une énergie qui m’a beaucoup plu à ce moment. Mais, dans le groupe de Wayne, il y a avait une énergie très masculine et, dans un certain sens, il était difficile de nous retrouver. On a joué des concerts magnifiques, on a donné tout ce qu’on avait, mais on devait tous les jours travailler dur là-dessus.

De nouveau en Europe, vous avez rejoint le groupe d’un autre trompettiste, Palle Mikkelborg…

Quand j’étais adolescente je jouais du piano, et j’allais tout le temps écouter…et danser sur l’orchestre de Palle. Je pense qu’au début il me prenait surtout pour une danseuse folle (rires) ! Puis, je l’ai rencontré et on a commencé à travailler ensemble. Au début son orchestre jouait beaucoup dans des studios à la radio. Là, il a découvert que je jouais de tous ces instruments de percussions du monde, et il m’a invité à enregistrer sur certains de ses albums. Plus tard, ce fut à moi aussi de l’inviter sur mes propres projets. Avec Palle, on a une connexion «off and on». Il représente beaucoup pour moi, car sans lui je n’aurais jamais rencontré Miles…; mais, nous sommes aussi très différents, je pense qu’il est plus «pur» que moi, dans son expression musicale. J’aime avoir beaucoup de couleurs, que ma musique soit plus expérimentale, j’aime également qu’elle garde une part de surprise. D’une certaine façon, il est plus « céleste » que moi (rires) !

Et pourtant c’est vous qui avez enregistré Celestial Circle, avec un groupe que vous avez nommé ainsi !

Ce groupe est très différent de tous les autres que j’ai formé. Il est beaucoup plus acoustique, plus jazz et plus lyrique dans son expression. Je m’étonne parfois et me dis : «Waouh, c’est vraiment de la musique paisible !» comparé à ce que j’avais fait auparavant. En fait, quand j’écoute de la musique chez moi c’est souvent des choses très tempérées… Donc j’étais heureuse de sortir un album avec une musique très calme. Quand j’ai réuni ce groupe, j’avais le projet de créer une musique plus transparente par rapport à celle des autres groupes avec lesquels j’avais travaillés. John Taylor est quelqu’un que j’écoute beaucoup et depuis très longtemps. Il avait ce groupe Azimut avec la chanteuse Norma Winstone, qui est une autre de mes voix féminines préférées. J’avais eu la chance de travailler avec lui et il était très inspirant de continuer dans ce nouveau groupe. Et Anders Jormin est une autre personne proche de moi, que je connais depuis des années, et avec qui j’ai joué dans beaucoup de contextes différents. La musique de Celestial Circle est un autre aspect de ce que j’aime jouer. Le disque est juste une sélection de ce que je pourrais nommer, ma musique le plus «céleste». Ce n’est pas une synthèse, c’est beaucoup de chansons et beaucoup de voix. Donc c’est uniquement un aspect, mais peut être que quand le groupe joue en live c’est davantage une synthèse. La première fois que le groupe a joué, c’était dans une grande cathédrale à Molde, en Norvège, et c’est là qu’on a trouvé le nom « Celestial Circle ». Spirituel en quelque sorte, non ?

Après les expériences si intenses avec Miles Davis et Wayne Shorter, il y a aussi eu votre collaboration très fructueuse avec Jan Garbarek. Sur un registre très différent…

C’est une relation musicale et humaine complètement différente, et c’est bien la raison pour laquelle je suis restée dans le groupe de Jan de si nombreuses années. Quand j’ai quitté Miles, j’avais décidé que je rentrais à la maison pour jouer avec mon propre groupe. L’année suivante, Jan m’a appelée pour intégrer son groupe. Mais, j’étais enceinte, j’allais avoir mon premier fils et j’avais décidé d’être exclusivement mère pendant un an. Donc, ma première réaction a été de lui dire : « non, merci, je veux rester à la maison ». Mais j’ai toujours tellement aimé la musique de Jan Garbarek qu’au bout du compte j’ai dit « Ok, je vais essayer ». Pendant un mois j’ai fait sa tournée avec mon fils de 5 mois, et cela m’a tellement plu qu’on a continué pendant 14 ans ! Je me sentais connectée à sa musique, peut être à cause de notre culture commune. J’ai grandi au Danemark et jouer la musique scandinave m’a semblé très naturelle, plus proche que celle que je jouais avec des musiciens américains.

Pourtant, vous êtes née à New York…

Oui, c’est vrai, mais je n’y suis restée que jusqu’à mes 6 ans. Je ne me suis jamais sentie américaine. Quand j’allais jouer avec Miles et Wayne, c’était étrange pour moi. J’ai grandi avec une façon de penser très « collective », musicalement parlant, comme dans une sphère. Et la musique de Jan Garbarek a vraiment cette dimension. En jouant sa musique, je me sentais chez moi. Et puis Jan est une personne merveilleuse, avec qui j’ai beaucoup aimé partir en tournée. Cela a duré un long moment ; quand j’ai quitté le groupe j’avais déjà 50 ans, alors je me suis dit : «Ooooh! Je deviens vieille» (rires) et si je veux faire les musiques que je m’étais jurée de faire, je dois les faire maintenant. Plus tard, j’ai invité Garbarek à me rejoindre pour un projet qui a débouché sur le disque Elixir, qui est plus improvisé et empreint de mes idées que ceux avec le groupe de Jan. Cet album m’a fait vraiment plaisir, car c’était vraiment la réalisation ultime de toutes ces années avec lui, et on s’est vraiment amusés à le réaliser.

MUSICIENNE DU MONDE… DU JAZZ

Votre set de percussions multi-culturelles est impressionnant et, par votre façon de jouer, on vous imagine difficilement danoise… mais musicienne du monde.

En fait, je me trouve très danoise, très en phase avec la «danish way of life», qui est d’être très relax et ne pas aller trop loin. C’est à Copenhague que je me suis toujours sentie chez moi depuis que je suis petite. Mais je suis citoyenne du monde, dans le sens ou je peux trouver partout mon «chez moi», surtout dans mon imagination. La première fois que j’ai joué avec Miles, il voulait que j’habite à New York ou quelque part aux Etats-Unis en tous cas. Donc, j’ai vécu un moment à Chicago, un autre à New York. Puis je suis rentrée chez moi, et je n’ai plus jamais vécu ailleurs.

Par moments, intimement, je me sens plus proche de l’Afrique à cause de mon père. Je ressens dans mon corps, que j’ai du sang africain, que je viens de quelque part là-bas : je ne cherche pas de connexion forcée et je ne me sens pas culturellement reliée à l’Afrique. J’ai joué avec des musiciens africains, car je suis allée deux fois en Afrique, et j’y ai joué, notamment à Conakry, avec un groupe de femmes. Ce fut une superbe expérience. J’ai aussi joué avec des musiciens africains au Danemark.

Curieusement, on entend souvent parler du racisme danois vis-à-vis des émigrés, notamment africains…

On en parle beaucoup, mais je n’en ai pas été victime personnellement. J’ai une manière de vivre qui ne prend pas en compte les choses si elles ne m’aident pas de manière positive. Une fois, un gars m’a crié « retourne d’où tu viens! » et je lui ai répondu : « je suis d’ici ! ». Je ne reviens pas sur cela, car je me sens au fond très danoise et les victimes du racisme sont probablement celles qui ne ressentent pas qu’elles font partie du pays. Je pense que cela se voit quand on a le sentiment de ne pas être à sa place, et moi j’agis comme une danoise. Mais, je sais que ma grande sœur s’est toujours sentie étrangère depuis qu’elle est arrivée à Copenhague. Elle avait 17 ans, et ensuite elle est retournée à New-York.

Vous invitez toujours des femmes à jouer dans vos groupes, mais vos collaborations ont toujours lieu dans des formations masculines…

Dans le monde de la musique, je ne me pense pas en tant que femme. Nous sommes tous des individus avec une partie féminine et une autre masculine. Il m’a toujours manqué de jouer avec des femmes, c’est probablement pour ça que j’ai créé un jour Percussion Paradise et, plus récemment, Shamania. Deux groupes exclusivement féminins car, il me manquait de jouer avec des femmes et de me sentir femme sur scène. Les plus grands musiciens sont des hommes, donc je joue surtout avec des hommes. Mais je préfère jouer avec les deux, ensemble, car je pense que le meilleur équilibre est atteint quand il y a des femmes et des hommes dans le même groupe.

Marilyn Mazur & Shamania

Vous faites partie de la famille très réduite des grands percussionnistes du monde (Zakir Hussein, Nana Vasconcelos, Trilok Gurtu…), où les femmes sont encore plus rares (vous, Sheila Escovedo…). Mais, avant de vous consacrer aux tambours et aux cymbales, vous jouiez du piano. Pourquoi avez-vous arrêté le clavier ?

Quand j’avais 18 ans, mon professeur de musique classique était inquiet, car je n’avais pas d’éducation classique ; il voulait que j’aille étudier au conservatoire classique, car il n’y avait pas de conservatoire de jazz à cette époque. Et je lui répondais que je n’irais jamais, car je ne voulais pas devenir une pianiste classique, je voulais faire quelque chose de différent. A l’époque, j’aimais aussi beaucoup la danse et j’avais envie de jouer d’un instrument qui me demanderait un vrai engagement physique ; soudain j’ai réalisé que quand je jouais du piano, c’était de façon très percussive. J’avais alors mon groupe, The Sirenes, nom inspiré des chanteuses de l’océan dans la mythologie grecque ; nous étions trois femmes, mais pas une seule batteuse. Je connaissais Alex Riel, un excellent batteur, que j’admirais beaucoup et lui ai demandé de m’initier à la batterie, car j’étais très attirée par cet instrument. Comme il n’y avait pas de femme batteur à Copenhague, je me suis dit « il faut changer cela, et c’est moi qui doit le faire ». Ensuite j’ai étudié les percussions classiques, puis nous avons monté un orchestre avec Alex Riel, où il était le batteur et moi je jouais du marimba, je composais et je chantais. Peu à peu, je me suis vraiment passionnée pour l’univers des percussions.

Et vous avez choisi le jazz comme terrain d’expression de votre musique, pour quelle raison ?

Parce que, pour moi, le jazz est la musique la plus ouverte qui soit. Encore aujourd’hui beaucoup de gens dirons « mais, tu ne joues même pas du jazz ! », car je n’en joue pas dans le sens traditionnel du terme. C’est vrai, je ne m’intéresse pas au be-bop, ou aux autres formes musicales où il faut adopter une structure bien définie. Les éléments forts de ma musique sont les mélodies et les rythmes, mais la raison pour laquelle je suis aussi une musicienne de jazz, c’est que j’aime par dessus tout l’improvisation. L’expression de l’individualité, l’ouverture et, surtout, la communicabilité sont plus fortes dans le jazz que dans d’autres genres musicaux. Dans beaucoup d’autres musiques, comme par exemple en Inde ou à Cuba, il y a de merveilleux percussionnistes, mais les règles sont très strictes. Je ne saurais même pas comment jouer ces musiques et je ne veux pas jouer ainsi. Je me tiens loin des règles. Je préfère que la musique reste ouverte, qu’elle raconte des histoires et transmette des émotions.

Nous sommes en hiver, une saison assez inspiratrice dans votre processus de création…

L’hiver est pour moi très important en tant qu’inspiration musicale. C’est la période où la neige tombe … et c’est à cette période que je reprends conscience de l’importance de la nature. Pas parce que je suis le genre de personne à sortir de la ville pour partir vivre en pleine nature, mais parce que la nature est un miroir de la vie même. Elle contient toutes les différentes textures de la vie, donc quand je parle de l’hiver, le soleil, le vent, la neige… c’est aussi parce qu’ils sont un miroir de la vie humaine, de nos sentiments.

Écrire ou jouer, quel moment vous rend le plus heureuse ?

Je suis une femme pleine d’énergie et bien que je préfère jouer, j’ai vraiment besoin des deux. Car si j’avais juste voulu jouer, j’aurais pu rester dans les groupes où je suis passée, mais cela ne m’aurait pas suffit. J’ai aussi besoin d’écrire. Néanmoins, se produire sur scène reste le meilleur des moments : un bon concert où l’on est heureux, c’est un moment de partage.

Malheureusement, aujourd’hui on ne peut pas jouer… La vie tend à devenir de plus en plus compliquée et chaotique…

MARILYN MAZUR’S FUTURE SONG
Live Reflections
Stunt Records/Una Volta Music