ALICIA WALTER – « I AM ALICIA »

Cette Alicia ne vit pas (hélas) au pays des merveilles, mais dans ce monde livré bien sombre et bien réel. On est loin de l’univers de Lewis Carroll, pourtant la jeune chanteuse et multi-instrumentiste de Chicago, désormais new-yorkaise, nous transporte avec sa musique, loin, dans une planète emplie de rêveries dansantes. Une joyeuse party comme une heureuse révélation.

PAR FRANCISCO CRUZ

Accompagnée tout au long de ce voyage d’allégresse corporelle par un autre multi-instrumentiste, Devin Greenwood (orgue, basse électrique, batterie, claviers, guitare électrique, percussion), Alicia « du pays de la danse » Walter (voix, piano, guitare électrique et acoustique, batterie, claviers, percussion, marimba, synthétiseurs), invite aussi rien de moins que dix-sept musiciens à jouer (et danser) avec elle. Notamment sur une plage spécialement vibratoire – «Standing At Your Doorstep» – où l’on retrouve Nora Burton au violoncelle, Katie Klocke et Myra Hinrichs au violons, Amanda Bailey à l’alto et Kris Krasnow à la batterie. Dix étapes se succèdent, entre R&B, funk, soul, jazz, disco, new wave et electro-pop, pour se perdre dans une spirale de rythmes et croire un instant (40 minutes) que le cauchemar est fini, et que les aberrations post-pandémiques ne furent qu’un mauvais rêve.

A propos de l’album, Alicia Walter conçoit cette succession de thèmes comme « le voyage d’un héros à travers l’inconscient, conduit par mon désir d’expérimenter qui je suis et ce que je fais de la vie ». Sa voix puissante exprime de façon éloquente sa soif d’expériences et de compréhension. Expérimentant – c’est le moteur de son indéniable
créativité – sur la gamme et la texture de sa voix, et mettant en relief la résonance émotionnelle au cœur de chacune de ses chansons grâce à des prises supplémentaires, Alicia Walter chante comme libérée des croyances qui s’accumulent au fil du temps.

L’ex-leader du groupe d’art-rock Oshwa, dévoile ce premier album personnel follement envoûtant, co-produit par Greenwood (qui avait naguère officié pour Steve Reich et Norah Jones) et mastérisé par Heba Kadry (connu par ses collaborations avec Bjork).

Transcendant les genres, suivant son inspiration, sans se soucier des convenances du marketing et sans se plier aux directives des marchands du temple numérique, Alicia Walter offre un album libérateur. Une attitude plutôt rare par ces temps de renoncements et de manipulations.

ALICIA WALTER
I Am Alicia
(Sooper/Modulor)