Si l’on essayait d’établir un bilan provisoire des concerts estivaux, tous genres et styles confondus, force est de constater que la part belle fut produite par des musiciennes instrumentistes. Et parmi celles-ci, on remarque notamment la saxophoniste chilienne qui consolide un processus ascendant, continue depuis son adolescence dans les clubs de Santiago jusqu’à son installion à New York. En passant par Berkley et le Thelonious Monk Price, plusieurs albums chez Blue Note et des collaborations prestigieuses.
PAR CLAUDE DELEUZE
LE FEELING DU SUD DU MONDE
Actuellement, Melissa Aldana fait partie d’une élite de jeunes femmes instrumentistes qui sont au sommet de leur expression artistique, dans un monde du jazz en mutation profonde : Esperanza Spalding, Anat Cohen, Milena Casado, Lynda May Han Oh… Inspirées et soutenues par d’autres instrumentistes et chanteuses d’une génération précédente ( Terri Lyne Carrington, Dianne Reeves, Meshell Ndegeocello ) mais aussi influencées par Miles Davis, John Coltrane, Abbey Lincoln, Nina Simone et Wayne Shorter, elles ouvrent des nouvelles perspectives au développement futur d’une musique improvisée ouverte comme jamais auparavant à la sensibilité créative des femmes. Probablement aussi, la plus grande opposition à la « musique » fabriquée avec le recours à l’ « intelligence » artificielle.
Ses tournées américaines ont laissé place à des résidences internationales et des concerts dans les plus belles scènes européennes ; ses concerts en France cet été ont été les plus accomplis de la scène jazz, fortement sinistrée cet été. Avec son groupe américain et un trio français, Melissa Aldana a confirmé amplement tous les bons pressages et donné raison aux excellentes critiques qui l’ont précédée.

Son concert au Festival de Jazz du Parc Floral (Paris) fut sans doute le meilleur de la nouvelle saison, la situant dans une dynamique de renouvellement de la lignée de saxophonistes de grand prestige qui s’y sont produits par le passé. Puis, au même temps que la trompettiste espagnole Milena Casado illuminait des soirées en Alsace, Melissa Aldana réalisait une prestation brillante au Théâtre Antique de Vienne.
Désormais on attend son retour à Paris, dans le cadre du Festival de Jazz de la Villette. A la Philharmonie elle vivra une sorte de consécration parisienne, en compagnie du trio de Levi Harvey, faisant suite à une résidence fructueuse à la Maison de Radio France le printemps dernier. Avec à la clef de son programme sur scène, des extraits de son dernier album ( Filin ) enregistré pour Blue Note en compagnie de l’excellent pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba. Des morceaux choisis que la saxophoniste connait depuis son enfance (transmis par son grand-père saxophoniste d’un célèbre orchestre de musique tropicale), subliment arrangés par Rubalcaba, et qu’elle interprète avec une finesse remarquable.

A La Villette, elle retrouvera sa consœur Linda May (qui se produit en quartette avec Emile Parisien), et exposera ses qualités d’interprète qui l’ont placé au niveau d’excellence sur la scène internationale du jazz. La seule musicienne de jazz latino-américaine, depuis l’arrivée d’Eliane Elias à New York il y a cinquante ans, à bénéficier de cette reconnaissance.
En concert