Au moment où sort en salles le film biopic Michael destiné à rendre un ultime hommage à celui que l’industrie de la musique affubla du titre de “Roi de la pop“, il est de bon sens de ne pas rester ni dans l’idéalisation du remarquable chanteur et danseur, ni dans la condamnation univoque de sa vie extra musicale. Une bonne méthode d’équilibre serait de se pencher sur cet ouvrage, (très) bien documenté, que lui est consacré.
PAR FRANCISCO CRUZ
CÉLÉBRITÉ ET DÉCADENCE
Etalé de façon chronologique et bien détaillé, avec précision et un regard plutôt admiratif, sur les 45 ans de vie musicale du petit garçon d’Indiana (mort intoxiqué par des médicaments à 50 ans), et brillamment illustré par une remarquable iconographie, le livre décrit la progression, le sommet et le déclin d’une des figures la plus spectaculaires de la pop music. Probablement le plus populaire de tous les chanteurs que l’industrie musicale a produit tout au long de son histoire. Un artiste qui n’a laissé personne indifférent, adulé et admiré sans réserve durant une grande partie de sa vie, pour ensuite devenir un sujet de controverses et de condamnations.
Si les nouvelles générations post 2000 ont un regard très critique vis à vis de ses devoirs extra musicaux (qui perturbent leur approche rétrospective de sa musique), les générations précédentes gardent un souvenir passionné ou tout au moins admiratif à l’égard de sa musique et, surtout, de la présentation visuelle et chorégraphique qui l’accompagne.
Le biopic, qui a pour protagoniste principal le neveu de Michael Jackson (Jaafar, fils de Jermaine, qui réalise une remarquable appropriation scénique de son oncle), est destiné a revaloriser la figure du chanteur, mettant l’accent sur les épisodes les plus fulgurants de sa carrière. Le livre pour sa part offre une certaine neutralité (objectivité diront certains) qui n’épargne pas des moments les plus obscurs et détestables de sa vie en dehors de la scène. Mais surtout, il réalise une exposition ample et précise de l’évolution artistique de Michael Jackson et de l’exploitation commerciale dont il fut l’objet.
Car, le paradoxe est impitoyable. Devenir “Roi de la Pop” fut un long processus de joies éphémères plaquées sur un tréfonds de souffrances et de conflits permanents pour garder une illusion de liberté de choix dans son travail artistique. Depuis les débuts avec ses frères dans le groupe Jackson 5, jusqu’à ses derniers concerts au crépuscule de sa fulgurante carrière, Michael Jackson sera l’artiste qui aura le plus rapporté aux compagnies de disques (Motown, CBS, Epic et Sony), à certaines entreprises audiovisuelles (MTV) et à multinationales emblématiques de l’american dream capitaliste (Pepsi Cola).
Le livre de Richard Lecocq raconte la vie artistique de Michael Jackson depuis ses premiers albums au sein des Jackson 5 (il avait 11 ans lors du premier enregistrement, Diana Ross présents The Jackson 5), puis le début de sa carrière solitaire (il avait 14 ans lors de la sortie de Got To Be Here), ses plus grands exploits sonores (Thriller, Bad, Dangerous) et audiovisuels (des clips et des short-films d’une qualité indiscutable inspirés de Steven Spielberg et de Georges Romero) jusqu’à sa dernière production (Invincible), en faisant escale sur des fécondes rencontres avec des personnalités du cinéma (Jane Fonda, Francis Ford Coppola, Liz Taylor) et de la musique (Mick Jagger, James Brown, Quincy Jones). Mais aussi ses plus grandes souffrances (un père despote qui « gérait » sa famille comme une entreprise commerciale, un amour impossible pour sa « marraine » artistique Diana Ross, des ratages conjugaux, des accusations de pédophilie ; et une cohorte de sangsues avocats, conseillers financiers, cinéastes, journalistes et producteurs musicaux qui ont œuvré pour sa perte).
Une vie publique resplendissante et une vie privée très sombre, marquée par un accident (lors d’un tournage publicitaire millardaire) à vingt ans qui aurait pu lui être fatal (et qui l’a condamné à trente ans d’addiction pharmaceutique pour atténuer la douleur).
Une légende en manque chronique d’amour qui, émotionnellement, serait restée éternellement à l’âge de l’adolescence.
RICHARD LECOCQ
Michael Jackson Legend
(Ed Glénat) 176 pages, 36 euros