BIRDS ON A WIRE – « NUEES ARDENTES »

Le duo formé par la violoncelliste brésilienne Dom La Nena et la chanteuse étasunienne Rosemary Standley joue une mélodie à part sur la scène française. Loin des tendances de style et des sursauts commerciaux, elles naviguent sur des ondes sonores hors du temps, habillées de troubadours post-modernes. Une acoustique écologique pour un album éminemment poétique.  

PAR FRANCISCO CRUZ

La beauté du son, l’harmonie de la forme, l’équilibre du volume et de l’intensité, l’élégance du geste, la poésie des mots. La recherche et la mise en relief de la beauté semblent la préoccupation primordiale de ces deux femmes musiciennes, relevant d’une attitude artistique devenue rare dans la production musicale contemporaine. 

Aux influences multiples, du rock au folk, du jazz à la musique ancienne, de Björk à Violeta Parra, ces oiseaux sur le fil (délicat et fragile de l’art) traversent les mers et se ressourcent sur une île sonore à la géographie improbable. Dans leur nouvel album, Rosemary Standley et Dom la Nena arrangent et interprètent, donnant une vie musicale nouvelle aux morceaux de The Doors et le sambiste brésilien João do Vale, du compositeur et troubadour cubain Silvio Rodriguez et de sa consœur grecque Nena Venetsanou, du groupe new wave The Cure et de la diva française Barbara, de l’auteur vietnamien Trinh Công Son et du groupe synth-pop anglais Bronski Beat ; ainsi qu’elles rénovent des musiques anciennes, anglaises et italiennes du XVI et XVIIè siècle. Pour l’éclectisme Birds On A Wire ne fait pas dans la demi-mesure.

Les nuées de ces musiques se déversent sur nos ouïes les inondant de torrents bienfaiteurs, d’une agréable sensation de joie et de paix pour l’esprit. Mais sans occulter les aspérités et les accidents, on n’est pas dans la commodité de l’easy listening. Par ailleurs, le répertoire et le traitement musical annulent toute prétention de destination ciblée, les Nuées Ardentes plaisent à un public aussi large que possible. Si bien les thèmes «Smalltown Boy» de Bronkski Beat et «The Lovecats» de The Cure peuvent résonner avec une spéciale énergie ou émotion chez les fans (jeunes aux eighties), une chanson structurée comme «Ando como Hormiguita» de Silvio Rodriguez apaise et joue telle une douce berceuse pour la jeune génération d’enfants. 

L’esprit de la Renaissance n’est pas étranger à ce nouvel album, autant par l’origine de certaines pièces, que par la (riche) iconographie et l’habillement poétique. Et cela est un aspect important, par ce temps de la simplification, voire de la pauvreté, que la tendance à la dématérialisation de la musique a eu par conséquence dans la production discographique. Nuées Ardentes est un bel objet, une enveloppe qui s’harmonise avec la beauté de la musique, conçu et présenté par deux femmes dont la sensibilité et la conscience féministe n’offre aucun doute. Le portrait de Frida Kahlo et la poésie de la composition «Lilith» en sont l’heureuse confirmation.

Nuées Ardentes est l’un des plus beaux albums de l’année terrible (de Gaza à Santiago, de Soudan à l’Amazonie) que l’on vient de vivre.

Dom la Nena, hormis le violoncelle, chante et joue de la flûte, des percussions et synthétiseur. Rosemary Standley chante, joue de l’harmonium et des percussions.  Elles chantent en français, en italien, en anglais, en espagnol et en portugais, et sont accompagnées par Karsten Hochapfel à la guitare portugaise, Vincent Taurelle au piano, Eric Dubessay à la batterie, Thomas Puéchavy à l’harmonica et Antoine Berjeaut à la trompette. Plus les enfants de la Maîtrise de Radio France.

A écouter sans modération.

BIRDS ON A WIRE

Nuées Ardentes

(PIAS)