EDMOND

AU PROCHAIN ENVOI, IL (NOUS) TOUCHE

PAR CHRISTIAN LARRÈDE

En 1897, Edmond Rostand, encore jeune auteur dramatique, tire l’inspiration par la queue. Adoubé par la Comédie-Française, il peine à concurrencer les deux Georges, Courteline et Feydeau, parangons du rire bourgeois. Cyrano de Bergerac, inspiré à grandes lampées de licence poétique de la vie tumultueuse d’un fils d’avocat, parisien et libertin, modifie sensiblement la donne.

Au fil des ans et des siècles, ce portrait sensible et tumultueux, vitupérant et déchiré, d’un amoureux très laid (son nez) et très fin (son nez) deviendra la pièce de théâtre la plus jouée en France. La tirade du nez, les sursauts d’orgueil (« Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! ») ou le définitif panache conclusif sont désormais inscrits dans l’inconscient collectif.

120 ans ont passé : Alexis Michalik, qui incarna Roméo sur scène, écrit et met en scène Edmond, improbable conte de la création, de l’amour, et de la mort (écriture et répétitions de l’œuvre n’y prennent pas davantage que 3 semaines), qui rafle 5 Molières l’année suivante. Et aujourd’hui, modifiant entièrement le casting du projet initial, le trentenaire rompt derechef avec la vraisemblance, insufflant un rythme frénétique à la Labiche à l’évocation de cette gestation. Secondé dans le projet par un formidable Igor Gotesman, qui y incarne un pâtissier pataud puis, déniaisé par une grisette, triomphant sur les planches, ou les jumelles Clémentine Célarié et Mathilde Seignier, Michalik déroule le tapis rouge à un épatant Olivier Gourmet. Le Belge, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, incarne ici Coquelin, premier acteur à avoir joué Cyrano sur scène : un rôle à tiroirs dans lequel il régale d’une prestation exemplaire. On pourra voir en Edmond un hommage au théâtre, ou à la Belle-Époque : contentons-nous d’y déceler qu’in fine, il est doux de rêver, rire, passer, être seul, être libre.


EDMOND

d’Alexis Michalik